CAMBRAI (59) :
Des faubourgs s’étaient développés, à l’époque de la prospérité mérovingienne, au nord et à l’ouest du castrum primitif, autour des églises Saint-Vaast et Saint-Aubert. Le pillage de la ville par les Vikings en projet Vauban en 1702 (4 novembre), non réalisé. fit construire tripla la superficie de la ville. Au sud-est, sur un monticule appelé Mont-des-Bœufs, l’évêque Géry avait fondé en 595 une abbaye, d’abord dédiée à saint Médard et à saint Loup, puis, après la mort du fondateur, à Géry lui-même. Cette abbaye était certainement elle aussi protégée par une enceinte. L’espace qui séparait ces deux noyaux urbains accueillait les marchés et les foires.. L’évêque Gérard II remplaça plus tard le rempart de terre par une enceinte de pierre munie de tours, de portes et de fossés et englobant la totalité des espaces bâtis. Dès lors Cambrai avait atteint le périmètre qu’elle devait conserver jusqu’au XIXe siècle : tandis que d’autres villes de la région telles que Bruges, Gand ou Douai agrandissaient leurs enceintes jusqu’au XIVe siècle, celle de Cambrai était remaniée et renforcée, mais sans que le tracé en soit modifié. Le tracé de ce rempart du XIe siècle est encore visible dans celui des boulevards actuels. C’est probablement sous les épiscopats des évêques Gérard Ier, Liébert et Gérard II, au XIe siècle, que fut construit le château de Selles, forteresse située au bord de l’Escaut au nord-ouest de la ville. Au XIIIe siècle l’évêque Nicolas III de Fontaines y ordonna des travaux pour le mettre « sur un bon pied de défense ». Ce château, propriété des évêques-comtes, était destiné autant à surveiller la ville qu’à en assurer la défense. Sa fonction militaire prit fin au XVIe siècle lorsque Charles Quint, s’étant emparé de la ville, ordonna en 1543 la construction sur le Mont-des-Bœufs, au nord-est de la ville, d’une citadelle pour laquelle on rasa 800 maisons et l’abbaye de Saint-Géry. Dès lors le château de Selles fut utilisé comme prison. En 1630, Richelieu, souhaitant contrer la puissance de l’Empereur et de l’Espagne, renouvelle l’alliance de la France avec les Provinces-Unies. L’effort principal de la France doit se porter sur les Pays-Bas espagnols, et un plan de partage est établi avec les Hollandais, la France devant recevoir Le Hainaut, le Cambrésis, l’Artois, une grande partie des Flandres ainsi que le Luxembourg et le comté de Namur. La guerre est déclarée à l’Espagne en 1635 : il s’ensuit une longue série de guerres qui, aggravée par des crises de subsistance et des épidémies, va meurtrir le Cambrésis. Mazarin essaie vainement, en 1649, de s’emparer de la ville en la faisant assiéger par Henri de Lorraine-Harcourt et par Turenne. Un régiment espagnol venu de Bouchain réussit à pénétrer dans la ville, dont le siège est levé. En 1657 le vicomte de Turenne s’empare de Cambrai. À nouveau 4 000 cavaliers sous le commandement de Condé, passé au service de l’Espagne, réussissent à y pénétrer, et Turenne abandonne la ville. En 1666, dans le plus grand secret, Louis XIV prépare de nouvelles conquêtes en faisant relever les plans des fortifications espagnoles, puis entame la Guerre de Dévolution. Si le traité d’Aix-la-Chapelle de 1668 permet au royaume de France d’obtenir un grand nombre de places fortes, Cambrai n’en fait pas partie, non plus que Bouchain, Valenciennes et Condé-sur-l’Escaut. En 1672, les hostilités reprennent contre la République protestante des Pays-Bas et se poursuivent dans les années suivantes. En 1676, Louis XIV, qui veut « assurer à jamais le repos de ses frontières », porte l’essentiel de ses efforts contre l’Espagne, et occupe Condé puis Bouchain. Le 17 mars 1677, les troupes françaises prennent d’assaut Valenciennes et se dirigent vers Cambrai, la place la plus forte des Pays-Bas, qui est atteinte le 20. Le 22 mars Louis XIV se porte en personne devant la ville, Vauban assurant le Siège. Vauban, qui commande les opérations, entreprend la réalisation de lignes de circonvallation et de contrevallation entourant la place. La ville isolée ne peut donc pas recevoir de secours. Son front nord reste vulnérable. Profitant de cette faiblesse, les Français ouvrent une tranchée du côté de la porte Notre-Dame. Grâce à l’aide de 7 000 paysans venus de Picardie les travaux d’approche avancent rapidement10, malgré un temps extrêmement froid et pluvieux. Des buttes sont construites afin de placer, pour une meilleure performance, les canons au niveau de la contre-escarpe. Le 30 mars les premières batteries se mettent à battre en brèche trois demi-lunes et le corps de la place. Le 1er avril les troupes françaises attaquent les trois demi-lunes. Le 2 avril les troupes françaises investissent l’une des demi-lunes entre la porte de Selles et celle de Notre-Dame. Le 5 avril, la ville se rend après que les troupes françaises ont sapé les fortifications. Cependant la garnison se réfugie dans la citadelle. Les Français ouvrent alors une tranchée sur l’esplanade. Dans la nuit du 11 au 12 avril 150 Français sont tués. En réponse le roi fait saper les fortifications à trois endroits au niveau du bastion Saint-Charles. Le gouverneur refuse de se rendre. Le 17 avril, après que le commandement français a indiqué que deux autres mines allaient imminemment faire s’écrouler les fortifications, le gouverneur Dom Pedro de Zavala, blessé à la jambe durant les combats, fait battre la chamade et capitule. Le roi apprend la nouvelle alors qu’il assiste, à Awoingt, à la messe officiée par le père de la Chaise. Le 19 avril 1677, après les négociations d’usage, le gouverneur espagnol de la place, Dom Pedro de Zavala, porté sur une litière en raison de sa blessure, remet les clefs de la citadelle au roi, après un siège de 29 jours, dirigé par Vauban qui a fait dans les combats de la citadelle plus de 1 200 blessés ou tués, qui lui rend les honneurs pour sa belle défense. Les 2 000 Espagnols encore valides quittent la place « tambours battant, mèches allumées, enseignes déployées ».
Le 2 avril, les Français investissent une partie de la place. Le 5 avril la ville se rend, avec les mêmes avantages que Lille en 1667, mais la garnison espagnole se réfugie dans la citadelle et le siège se poursuit jusqu’au 17 avril. Après 29 jours de siège le roi fait son entrée dans la ville, le lundi de Pâques 19 avril. Louis XIV nomme alors le marquis de Césen gouverneur, qui nomme 14 nouveaux échevins tout en gardant le même prévôt. Par le traité de Nimègue signé le 10 août 1678 l’Espagne abandonne Cambrai, définitivement annexée par la France. Les fortifications sont renforcées d’ouvrages avancés. L’influence française va transformer l’architecture et l’urbanisme de la ville. Le démantèlement des fortifications, demandé par pétition dès 1862, ne fut finalement accepté par l’État que 30 ans plus tard. Les travaux durèrent 6 ans et transformèrent l’aspect de la ville par la construction d’une ceinture de larges boulevards, la vente de nouveaux terrains à bâtir, le raccordement de la ville à ses faubourgs, l’établissement de jardins publics.