BREST (29) :
BREST ENCEINTE URBAINE : . Brest s’est toujours construite autour de son arsenal le long de l’embouchure de la riviĂšre de Penfeld : la rive gauche, francophone et bourgeoise, s’est dĂ©veloppĂ©e autour de son chĂąteau alors que la rive droite, connue pour son quartier de Recouvrance, s’est constituĂ©e autour d’une tour mĂ©diĂ©vale et reste plus populaire, Ă©tant restĂ©e bretonnante jusqu’au dĂ©but du XXe siĂšcle. Ă ce titre, le chĂąteau et la tour Tanguy sont les deux monuments les plus anciens. A partir de 1630, Brest va s’accroĂźtre Ă vue d’Ćil et prendre une importance chaque jour plus considĂ©rable. La position gĂ©ographique de Brest, la sĂ»retĂ© de sa rade, les avantages offerts par la Penfeld pour l’Ă©tablissement d’un port de guerre ont, en effet, frappĂ© l’esprit clairvoyant de Richelieu. Et Colbert va poursuivre les projets et l’oeuvre de son prĂ©dĂ©cesseur. Le goulet est fortifiĂ© ; on creuse la Penfeld ; on construit des ateliers sur ses deux rives et, en 1680, Vauban vient lui-mĂȘme Ă Brest, dresser le plan de la ville et diriger les travaux des fortifications. Brest et Recouvrance viennent, par lettres royales de juillet 1681, d’ĂȘtre rĂ©unis en une seule et mĂȘme ville, qu’administrent un maire, deux Ă©chevins et six conseillers, Ă©lus pour trois ans. Les ouvriers affluent dans notre citĂ© qui, dĂšs 1685, compte 8.000 habitants. En 1683 Vauban inspecte Brest et Belle-Ăle. Les caractĂ©ristiques stratĂ©giques du site ne lui Ă©chappent pas : Si Brest est un des meilleurs ports du monde, sa rade est une des plus excellentes et de la plus grande Ă©tendue. A propos du goulet il poursuit : Le goulet est Ă Brest ce que le dĂ©troit des Dardanelles est Ă Constantinople; C’est la porte d’entrĂ©e oĂč tous les navires qui ont affaire audit Brest, Ă Landerneau et Ă la riviĂšre de LandĂ©vennec, sont obligĂ©s de passer, qu’il s’agisse d’entrĂ©e ou de sortie. En 1685, on Ă©largit et on rend praticable le chemin vallonnĂ© qui partait de la Penfeld et aboutissait Ă la nouvelle et unique porte des fortifications : la Porte Vauban, au haut de la rue de Siam. Ce Grand Chemin, comme on l’appelait alors, devient la Grand’Rue qui, pendant plus d’un siĂšcle, sera l’artĂšre principale de la citĂ© brestoise. En 1694, aprĂšs l’achĂšvement de l’enceinte qu’il a conçue pour Brest, Vauban trace un plan idĂ©al qui fera autoritĂ© pendant un siĂšcle. Sans toutefois redresser les Ăźlots existants, il quadrille les espaces vierges de l’intra-muros selon un axe Nord-Ouest / Sud-Est reliant le noyau urbain d’origine Ă la porte de Landerneau, axe recoupĂ© par des rues parallĂšles aux fortifications. Il dĂ©termine des Ăźlots gĂ©omĂ©triques qui seront d’une grande stabilitĂ© dans le temps. Ainsi, en 1691, Tourville sortait de Brest avec soixante-neuf vaisseaux ; que l’annĂ©e suivante, il partait Ă la tĂȘte de quarante-et-un bĂątiments pour engager la cĂ©lĂšbre affaire de la Hougue et qu’au printemps de 1693, il y avait, en rade de Brest, soixante-et-onze navires prĂȘts Ă entreprendre une nouvelle campagne. Tout ce dĂ©ploiement abouti du reste Ă lâĂ©chec du dĂ©barquement anglais en presquâĂźle de Roscanvel, Ă Camaret en 1694. En 1700, les fortifications de Brest et Recouvrance sont entiĂšrement terminĂ©es. Le port de Brest est devenu un centre d’OpĂ©rations de premier ordre, et les armements y produisent l’activitĂ© que l’on peut concevoir. Tous ces armements, joints aux travaux de l’arsenal, augmentent considĂ©rablement la population de Brest qui, en 1700, compte 14.000. Le bĂąti du centre-ville, rive gauche, a Ă©tĂ© quasiment entiĂšrement renouvelĂ©. A partir de 1734, sous la direction de Choquet de Lindu, lâarsenal est habillĂ© dâimposants Ă©difices qui donnent pour longtemps un majestueux visage aux deux rives de la Penfeld : le corps de garde de la Pointe, les trois formes de Pontaniou (1742 Ă 1757), les forges des armes et constructions navales, les magasins, les corderies, les ateliers, le bagne etc. Un moment arrĂȘtĂ©s pendant la Guerre de sept ans, les travaux sont trĂšs activement repris dĂšs la signature de la paix. En 1790, lâarsenal est devenu un grand ensemble industriel oĂč sont rassemblĂ©es, sur les deux rives de la Penfeld, toutes les installations nĂ©cessaires Ă la construction, Ă lâarmement et Ă lâentretien des navires et oĂč travaillent 10 000 ouvriers aux multiples mĂ©tiers. Par la suite Georges Milineau puis Jean-Baptiste Mathon, pour les Plans d’AmĂ©nagement (1920) et de Reconstruction (1943) de Brest s’appuyĂšrent chacun sur ce plan en damier de Vauban.. En revanche, plusieurs rues ont Ă©chappĂ© aux destructions de la guerre et de la Reconstruction sur la rive droite, et constituent aujourd’hui des promenades rappellant la ville dâavant-guerre. Les fortifications de la ville sont modifiĂ©es et Ă©tendues grĂące Ă la construction de bastions et de casernes qui rĂ©sistent mieux Ă lâartillerie
BREST LE CHATEAU : Ville dâorigine romaine bĂątie sur un site occupĂ© depuis la PrĂ©histoire, Brest reçoit sa premiĂšre fortification au IIIe siĂšcle. Les Romains Ă©rigent donc un ouvrage dĂ©fensif Ă la fin du IIIe siĂšcle. Ce camp accueille une garnison dâun millier dâhommes de troupe qui s’installent avec Ă leur tĂȘte un prĂ©fet et une flotte destinĂ©e Ă intercepter les navires pirates. De ce castellum, une muraille reste encore visible aujourd’hui. Ces substructions, enchĂąssĂ©es dans les deux courtines du chĂąteau actuel, occupent une Ă©tendue de 120 Ă 140 mĂštres de long, sur une hauteur moyenne de 3 Ă 4 m. Il sâagit alors dâun fortin de dĂ©fense littorale. Ce fort est remplacĂ© par un chĂąteau mĂ©diĂ©val au XIIIe siĂšcle. Au XIVe siĂšcle, le chĂąteau est occupĂ© par les Anglais. Il faut attendre 1489 et la prise de la ville par les Français pour que lâagglomĂ©ration se dĂ©veloppe au-delĂ de lâenceinte du chĂąteau. Au XVIe siĂšcle, deux bourgades Ă©mergent et sont Ă lâorigine du dĂ©veloppement urbain : Brest sur la rive gauche du fleuve, Recouvrance sur la rive droite. Le chĂąteau mĂ©diĂ©val est protĂ©gĂ© par des bastions vers 1530, puis, en 1560, lâingĂ©nieur Pietro Fredance renforce les dehors. Les travaux durent jusquâen 1597. Il faut attendre 1631 et le cardinal de Richelieu pour quâun vĂ©ritable port arsenal se dĂ©veloppe. La flotte royale du Ponant, piĂšce essentielle de la stratĂ©gie navale française, prend ses quartiers. Une premiĂšre enceinte urbaine moderne est bĂątie par Julien Ozanne en 1655. Elle Ă©tait composĂ©e de douves et de demi-bastions construits avec des matĂ©riaux de moindre qualitĂ©. Ni entretenue, ni restaurĂ©e, cette enceinte est en ruine vingt ans plus tard. En 1661, la nomination de Colbert comme ministre des Finances entraĂźne les premiers grands investissements pour le port de Brest. En 1667, le chevalier de Clerville, commissaire gĂ©nĂ©ral des fortifications, Ă©tablit un projet dâagrandissement du port. Ce projet prĂ©voit entre autres : la construction de logements et bĂątiments afin dâattirer Ă Brest de la main dâĆuvre spĂ©cialisĂ©e, des commerçants, des marins et de nouveaux habitants civils, de crĂ©er une milice urbaine, de construire de nouveaux quais, une place dâarmes et un arsenal. Lâintendant Seuil applique de maniĂšre anarchique ces consignes jusquâen 1683. Ne respectant pas les plans de Clerville, il sâapplique Ă augmenter le nombre dâhabitants, et dĂšs 1674 commence Ă fortifier la ville entiĂšre. En 1681, Colbert nomme lâingĂ©nieur Sainte-Colombe pour lui proposer un second projet. Celui-ci amĂ©liore les dĂ©fenses de la ville et agrandit lâenceinte en y incluant des terrains vides. Il dĂ©cĂšde en 1682. Colbert, ministre en titre de la Marine, qui donne Ă Brest son vĂ©ritable essor avec le dĂ©veloppement, Ă partir de 1669 de l’arsenal. Lâintendant Pierre Chertemps de Seuil est le responsable des premiers programmes de construction de lâarsenal entre 1670 et 1680. Au dĂ©cĂšs de Sainte-Colombe, Vauban est nommĂ© par Louis XIV pour lui succĂ©der. Seuil est limogĂ© pour malversations ; il est remplacĂ© par Desclouzeaux. Vauban propose un certain nombre dâamĂ©nagements pour Brest : maçonnage de lâenceinte, rectification du tracĂ© de lâarsenal, amĂ©lioration des dĂ©fenses du chĂąteau par lâajout de glacis, chemin couvert et demi-lunes, ajouts de batteries cĂŽtiĂšres le long du goulet, amĂ©lioration de lâaccĂšs du port aux civils pour dĂ©velopper le commerce, construction dâune halle de marchĂ©s, dâun nouvel hĂŽtel de ville et dâune nouvelle Ă©glise paroissiale. Au-delĂ de la dĂ©fense de lâarsenal, il sâagit de fĂ©dĂ©rer les bourgs de Brest et Recouvrance, sĂ©parĂ©s par le fleuve de la Penfeld et de concevoir une nouvelle ville militaire tournĂ©e vers la mer, fonctionnelle, capable dâaccueillir une population importante. RenforcĂ© et modernisĂ©, le chĂąteau dĂ©fend dĂ©sormais le premier port de la marine du roi. En 1680, la batterie neuve complĂšte le chĂąteau au sud-ouest pour assurer la dĂ©fense de l’entrĂ©e du port. Au nord-est un imposant front bastionnĂ©13 « Ă la Vauban » protĂšge les approches. La population augmente alors nettement dâautant quâelle sâest unie avec celle de Recouvrance en 1681. Le projet de Pierre Massiac de Sainte-Colombe trouve un dĂ©but d’exĂ©cution cette annĂ©e-lĂ . Ce plan de modernisation de la dĂ©fense de la ville, de son arsenal et de ses abords est repris et transformĂ© par Vauban en mai 1683. Vauban intervient donc, entre 1683 et 1695. Il fait dĂ©truire les derniĂšres tours romaines et les toitures en poivriĂšres du donjon. Ă cette Ă©poque, les dĂ©fenses protĂšgent efficacement le chĂąteau d’une attaque directe par la mer. Mais la forteresse doit avant tout se protĂ©ger, d’un assaut terrestre aprĂšs un dĂ©barquement Ă©ventuel de lâennemi anglais sur la cĂŽte. Le chĂąteau devient « citadelle » surveillant Ă la fois la ville, la campagne et le large. Glacis, chemin couvert et demi-lunes prolongent la fortification du cĂŽtĂ© de la terre. Les parapets sont redessinĂ©s et dotĂ©s d’embrasures plongeantes. Pour constituer une vaste plate-forme adaptĂ©e Ă l’usage de l’artillerie, on relie par un nouveau bĂątiment la tour Duchesse Anne et la tour Nord. Seules les tours Paradis conservent leur aspect mĂ©diĂ©val. On Ă©largit des courtines, tandis que la fausse braie renforce la muraille entre la tour Madeleine et les tours Paradis face aux tirs de canon. On amĂ©nage Ă©galement des batteries Ă lâentrĂ©e du goulet (Camaret et Bertheaume). AprĂšs lâintervention de Vauban le chĂąteau nâĂ©voluera plus beaucoup. En 1685, il Ă©tablit un programme dâurbanisation des terrains vierges selon une trame orthogonale. Il complĂšte ce programme en 1694 par des prescrits dans les matiĂšres suivantes : rĂ©utilisation des axes prĂ©existants en les prolongeant, rectification des tracĂ©s trop sinueux, amĂ©lioration des revĂȘtements pour rendre les rues carrossables, introduction de normes dans la construction des maisons particuliĂšres (alignement, soliditĂ©, rĂ©sistance aux incendies en cas de bombardements) et soucis de théùtralisation du pouvoir par le percement de larges rues autour des bĂątiments importants. La rĂ©alisation partielle des projets de Vauban ne dĂ©butera quâen 1704 et ceux-ci se poursuivent sous Louis XVI. La nouvelle de la prise de la Bastille arrive Ă Brest, dans la nuit du 19 au 20 juillet 1789. La ville craint la rĂ©action des aristocrates du chĂąteau. Mais quelques jours plus tard, le commandant militaire de la place, et la Marine, en la personne du comte d’Hector, se rendent Ă l’hĂŽtel de ville faire allĂ©geance au nouveau pouvoir. Lâesplanade devant le chĂąteau est baptisĂ©e le 14 juillet 1790 « Champ de la FĂ©dĂ©ration ». AprĂšs lâenthousiasme des premiers mois de la RĂ©volution la situation se dĂ©grade. Ă partir de 1791, la production de l’arsenal est largement dĂ©sorganisĂ©e, les Ă©quipages de la flotte se mutinent rĂ©guliĂšrement et les officiers, d’origine noble Ă©migrent massivement. Avec la guerre qui Ă©clate, les affrontements politiques qui nâen finissent plus et la nouvelle que Toulon est livrĂ©e aux Anglais, le moral est atteint. Face Ă la menace des armĂ©es Ă©trangĂšres et Ă celle des ennemis de l’intĂ©rieur, le chĂąteau retrouve toute son utilitĂ©. Le « Champ de la FĂ©dĂ©ration » devient la « place du Triomphe du Peuple » et la vieille forteresse est rebaptisĂ©e Fort-la-Loi et les travaux prĂ©conisĂ©s par Vauban se poursuivent ainsi que sous le Premier Empire et la Restauration. En 1858, NapolĂ©on III fait agrandir lâarsenal et un nouveau port de commerce est construit jusquâen 1865. La construction de nouvelles casernes est engagĂ©e en 1894.Les plans de Vauban resteront la rĂ©fĂ©rence en matiĂšre dâurbanisme Ă Brest jusquâĂ la Seconde Guerre mondiale. Les allemands vont construire de nombreuses fortifications avec, notamment une base sous marine Ă lâouest du port militaire. Le chĂąteau, classĂ© au titre des Monuments historiques en 1923, existe encore aujourdâhui et a Ă©tĂ© transformĂ© en musĂ©e de la Marine. Les ouvrages du goulet de Brest sont encore visibles et certains sont accessibles au public comme la batterie de Cornouaille. Toutes les autres constructions ont Ă©tĂ© dĂ©truites, soit durant les bombardements qui ont touchĂ© la ville pendant la Seconde Guerre mondiale, ou lors de sa reconstruction aprĂšs-guerre. Le plan relief de 1807 et 1811 rĂ©alisĂ© au 1/600e est conservĂ© au MusĂ©e des Plans-Reliefs Ă Paris.